Travailler moins, pour gagner moins… et vivre mieux

Travailler moins pour gagner moins et vivre mieuxAu tout début de l’année 2008, l’hebdomadaire Courrier International publie en une ce slogan choc “Travailler moins pour gagner moins et vivre mieux”. Je m’en rappelle encore lorsque je l’ai reçu. C’est un numéro que j’ai gardé jusqu’à aujourd’hui et que, bien avant encore d’avoir découvert Mr Money Moustache, j’ai apprécié tellement il s’accordait avec mes valeurs et mes objectifs.

Un anti-slogan de campagne

En 2008 donc, Courrier International cherche à montrer combien le slogan qui a fait élire Nicolas Sarkozy moins de 8 mois auparavant tranche avec les aspirations de nombreux citoyens du monde entier. Y compris en France. Quand le candidat Sarkozy énonce en octobre 2006 le fameux “Travailler plus pour gagner plus”, il lance une croisade contre les “35 heures”.  Une thématique chère à la droite. Ce serait-il trompé d’époque ? Il va alors à contre courant non seulement au niveau international mais même au niveau français. En effet, la tendance de fond depuis des décennies est à la réduction du temps de travail effectif à peu près partout. Du moins partout en Europe.

Cette réduction s’est opérée sur plusieurs fronts, en plusieurs étapes, et à plusieurs échelles de temps, de façon volontaire ou non :

  • Réduction de la durée de travail hebdomadaire (les “35 heures” et les RTT n’étant qu’une des dernières pierres à l’édifice)
  • Réduction de la durée de cotisation avant la retraite
  • Augmentation de la durée moyenne des études, retardant mécaniquement l’entrée sur le marché du travail
  • Augmentation des temps partiels subits… mais aussi choisis
  • Durée légale des congés payés qui augmente
  • Augmentation de la durée et de la fréquence moyenne des périodes de chômage

Aussi, au moment où cette phrase est prononcée et devient le slogan de campagne du futur Président de la République, la France termine une séquence de baisse quasi continue pendant 30 ans de la durée annuelle de travail. 17% de réduction entre 1975 et 2005. A noter que cette statistique n’inclus que les actifs occupant un emploi. Donc plusieurs des paramètres évoqués ci-dessus ne sont pas pris en compte.

Travailler moinsSource: INSEE :
Depuis 1975, le temps de travail annuel a baissé de 350 heures,
mais avec des horaires moins réguliers et plus contrôlés

Depuis, la durée effective du temps de travail tend à stagner autour de 1600h par an. Un effet des politiques Sarkozistes ?

En fait, c’est certainement bien plus général que cela. Mais c’est bien dommage…

Pour ma part, depuis lors, je me suis clairement engagé dans le slogan inverse…

Travailler moins, pour gagner moins… et vivre mieux

Ma compagne et moi nous sommes toujours dit que si/quand nous aurions un enfant, nous passerions tous les 2 au 4/5. A la naissance de notre aîné donc, ce fut le lundi pour elle et le vendredi pour moi, un jour spécial, pour notre enfant.

Prendre son temps

Travailler moins et passer du temps avec ses prochesNous avions ce jour-là le temps de prendre notre temps. A deux, Mère et fils ou Père et fils. L’autre parent partait au travail. On trainait un peu plus pour se préparer. Ensuite on allait à la maison de quartier pour profiter du Lieu Accueil Enfant-Parent. On y rencontrait d’autres jeunes parents et d’autres enfants du même âge ainsi que des professionnels de la Petite Enfance. En plus de copains et copines, l’enfant découvrait d’autres jeux que ceux disponibles à la maison. Et puis aussi des livres… Il y avait des parcours de motricité. Bref, un temps d’échange très enrichissant.

Beaucoup des adultes rencontrés sont d’ailleurs devenus des amis. Aujourd’hui, ces moments sont évidemment plus compliqués du fait de la situation sanitaire actuelle. Ensuite il y avait souvent quelques courses alimentaires à faire (le fromager, la biocoop) avant de rentrer pour le repas à deux, une sieste bien méritée pour le petit. Et le temps de faire une nouvelle sortie en fin d’après-midi si le temps le permettait.

Retrouver du sens

Travailler moins pour vivre mieuxAujourd’hui, avec les 2 plus petits en plus et le grand désormais à la maternelle, cette journée par semaine est toujours bien occupée. La crise sanitaire fait que nous sortons moins, mais cela reste un plaisir d’avoir cette journée dans la semaine avec les enfants. La combinaison des jumeaux (plus d’intendance à gérer: machines à laver, courses alimentaires, etc) plus de la crise sanitaire (et son cortège de bâtons dans les roues des parents de jeunes – et moins jeunes – enfants) ont précipité mon passage à 50% puis celui de ma compagne à 60% l’année dernière.

J’en profite pour réaliser d’autres actions que je n’avais jusque là pas le temps de faire : gérer l’association locale de cyclistes dont je suis le secrétaire (contrairement à beaucoup d’associations, on ne chôme pas malgré la crise sanitaire, bien au contraire), filer quelques coups de mains à droite à gauche, participer à gérer l’intendance (on reparlera des couches lavables…) et réfléchir à mon avenir personnel et “professionnel” (et oui… une retraite, ça se prépare ! Surtout lorsqu’elle est atypique !)

Un sacrifice financier faible

Comment ? Tu bosses à mi-temps ? Tu dois plus beaucoup mettre d’argent de côté maintenant alors ?

En fait si… et même presque toujours autant… Le fait d’avoir réfléchi nos investissements passés sur le long terme fait qu’aujourd’hui, une bonne partie de nos revenus est totalement indépendante de notre travail actuel. C’est ce que MMM appelle nos petits billets (qui dans notre cas ne sont pas verts) qui travaillent inlassablement pour nous, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Travailler moins et apprécier des plaisirs simplesNous gagnons moins en apparence, mais cela reste bien au-delà de nos dépenses. Et j’apprécie beaucoup cette transition “en douceur” entre ma phase d’activité salarié à temps plein et ma future “retraite” où mon travail sera très différent. Ces quelques années de transition m’auront appris à apprécier le temps passé avec mes enfants, à gérer mon temps, à profiter de loisirs simples, à lire et réfléchir sur moi-même et la vie future que je veux mener, à mes valeurs et mes objectifs personnels.

Moins de tentations

Par ailleurs, travailler moins, donc gagner moins, c’est aussi moins de tentations d’acheter et de consommer toujours plus. A mesure que je m’approche de mon seuil d’indépendance financière si je gagnais toujours autant, j’aurais certainement tendance à augmenter un peu plus mon niveau de dépense général. En réalité il est déjà atteint depuis quelques années mais ma prudence maladive m’impose de prendre des marges encore plus importantes que celles réellement nécessaires. Une forme d’effet rebond que je cherche à combattre. Car en effet, plus de consommation, c’est plus de pollution. Et comme je te l’ai déjà dit, l’écologie est au centre de mes préoccupations.  Aussi, j’inclus cela dans mon critère “vivre mieux”…

Mais quels autres avantages à travailler moins ?

Comment j’ai pu te l’indiquer, j’ai trouvé mon intérêt à travailler moins. Mais il existe beaucoup d’autres avantages à cela.

Travailler moins pour travailler plus efficacement

Certains y trouveront une manière de travailler plus efficacement. Sans augmenter son nombre d’heures journalier, il est assez facile de faire presque autant de valeur ajoutée dans son travail en travaillant au 4/5 qu’à 100%. On est plus concentré, plus reposé, mieux organisé et globalement plus efficace. Les employeurs devraient très fortement inciter ce type de temps partiel. Pour de nombreux emplois, ils y gagneraient… Après il faut savoir faire mettre des limites dans sa relation avec son employeur. Mais tous les gens que je connais qui pratiquent ou ont pratiqué le 80% m’ont dit la même chose: on est plus efficace au travail.

Travailler moins pour partager le temps de travail

Si il fut un temps où la richesse d’un pays était uniquement directement proportionnelle à son nombre de paires de bras en âge de travailler, on en est bel et bien sorti (du moins pour l’instant). Le facteur limitant dans l’équation économique n’est plus la population active. Sinon, nous n’aurions pas autant de chômeurs. L’idée derrière les 35 heures (et elle a réellement eu cet effet au niveau macro-économique, même si dans chaque entreprise, et pour chaque métier, sa mise en place fut souvent un casse-tête) est bien celle-ci. Partager le travail.

Passer au 4/5 (voire moins) c’est contribuer à terme à fournir un bout d’emploi supplémentaire. Si 4 personnes actuellement à temps plein passent au 4/5, l’entreprise peut théoriquement à coût égal, embaucher une 5ème personne également au 4/5. Alors oui, entre la théorie et la pratique, c’est nettement plus complexe. C’est d’autant plus difficile que l’entreprise est petite. Les métiers et les périmètres de postes sont toujours un peu différents. Les emplacements de bureau doivent être à géométrie variable (vive le “flex office”). Ce qui fait que cette solution déplait souvent aux entreprises (à mon avis elles ont tord…). Mais au niveau macroéconomique, y a pas de doute : favoriser le temps partiel permet de créer des emplois et de réduire le chômage.

Travailler moins pour gagner un peu moins seulement

Dans de nombreux cas, on oublie que travailler à un coût. Un coût financier et aussi un coût humain (fatigue, stress, moins bonne santé dans les cas extrêmes). Parmi les coûts financiers il y a la garde d’enfants, les déplacements (trop souvent en voiture ! et parfois beaucoup trop loin !). Il ne faut pas non plus oublier les impôts (et dans une certaine mesure des prestations sociales moindres notamment quand on a des enfants, du fait du dépassement de certains seuils). Une partie de ces coûts est fixe (indépendante du nombre de jours travaillés) mais une grande part est proportionnelle.

Si un couple travaille chacun au 4/5, ça fait -20% sur les revenus. Mais ça fait -40% sur les frais de garde (en supposant que chacun prenne un jour différent). Si les trajets sont importants et coûteux, ça fait -20% sur les transports  (du moins en voiture). A la fois en terme de finances mais aussi (et surtout) de fatigue. Il existe aussi d’autres moyens de les réduire (covoiturage, télétravail, etc). En terme d’impôts, selon la situation, cela peut faire la différence entre être imposable et ne plus l’être. Ou bien si tu es dans la tranche à 30%, il faut déjà se dire que 20% de salaire en moins, ce n’est déjà plus que 14% de revenus en moins après impôts. C’est déjà nettement moins conséquent…

Tout ça mis bout à bout, tu te rendras très vite compte que, dans la plupart des situations, travailler moins ne veut pas dire être financièrement plus précaire. Fais le calcul dans ton cas, tu verras par toi-même !

Travailler moins pour sauver la planète

Travailler moins pour polluer moinsSauver la planète peut-être pas. Mais l’image est là : travailler aujourd’hui, dans de très nombreux cas, c’est contribuer à détruire la planète, ses ressources, son climat, et plus généralement empirer les futures conditions de vie (dont les perspectives sont déjà peu reluisantes) de nos enfants comme de toutes les générations qui suivront. Cette affirmation vaudra une série d’articles à elle seule mais pour l’instant, contentons-nous du constat si tu le veux bien.

Cette contribution s’effectue de 2 manières :

  • Directement : aujourd’hui, la plupart des emplois dans nos sociétés modernes utilisent ou sont dépendantes de ressources naturelles en quantité importantes. Ce n’est pas que l’employé dans une usine d’automobile ! C’est bien presque tous les métiers : l’hôtesse de l’air est dépendante de kérosène bon marché et d’un transport aérien polluant. Le médecin, même si son travail est inestimable, dépend d’un système de santé complexe et très gourmand en ressources diverses. Le professeur travaille de plus en plus avec des ordinateurs et un réseau internet qui réclame de l’énergie. Il occupe des locaux chauffés. Il dépend d’une société qui a encore – et c’est très bien mais de plus en plus compliqué – les moyens de mettre tous ses enfants (et une grande partie de ses jeunes adultes) sur des bancs d’écoles ou d’université. C’est mieux que dans des champs à récolter des patates…

La plupart des métiers de services, que l’on croit souvent – à tord – comme “dématérialisés” sont en fait très largement un sous-produit d’une économie sous perfusion d’énergies et de ressources abondantes et peu couteuses… mais bien souvent polluantes et non renouvelables. Ainsi, réduire son temps de travail, c’est réduire son empreinte écologique.

  • Indirectement : réduire son temps de travail donc son salaire, c’est réduire sa capacité à acheter des biens et des services souvent “jetables” et polluants. On peut (on doit) aussi faire des efforts pour “consommer mieux” et “consommer moins”. Mais à revenus égaux, cela se traduit le plus souvent par la tentation de consommer ailleurs, autre chose. Phénomène qu’on appelle “l’effet rebond”. Aussi, travailler moins a donc cet intérêt indirect pour la planète.

Travailler moins pour s’engager dans les choses qui comptent

Travailler moins procure du temps libre pour plein de choses. Pour certains, ça sera différents loisirs (loisirs créatifs, artistiques, sportifs ou tout autre passe-temps qu’on apprécie). Pour d’autres ça sera plus de temps passé avec ses enfants et plus généralement ses proches. Enfin, pour d’autres, ce sera l’occasion de donner plus de leur temps pour les causes qui leur son chères et en accord avec leur valeurs personnelles. Pour ma part, comme je te l’ai indiqué, c’est un peu des trois…

Travailler moins pour s’interroger sur l’avenir

Travailler moins pour réfléchir à l'avenirEt prendre du temps pour réfléchir à l’avenir, lever la tête du guidon, permet aussi de prendre conscience de certaines choses. D’anticiper certaines modifications qui prennent du temps. C’est par exemple s’installer au bon endroit, investir dans ce qui compte, comprendre ses dépendantes et chercher à s’affranchir de celles qui peuvent nous être néfaste à moyen terme.

Éviter les impasses de la vie

A la naissance et pendant toute la durée du mouvement des Gilets Jaunes, je me suis toujours demandé ce qui faisait que tant de gens se plaignaient de la hausse des prix de l’essence. Pourtant, à bien y regarder, ça fait des années, pour ne pas dire des décennies, c’était prévisible. Un observateur attentif de l’industrie pétrolière pouvait clairement prévoir qu’à moyen terme, l’approvisionnement pétrolier de l’Europe allait être de plus en plus contraint. A la fois en volume comme en prix.

Aussi prendre le temps de se poser les bonnes questions nous a permis, à ma compagne et moi, de ne pas reproduire certaines erreurs courantes dans notre génération… Le rêve de la plupart des Français de mon âge et de ma classe sociale, c’est la maison avec grand jardin, isolée sans voisins, achetée à crédit sur 20 ans ou plus, et située souvent à 30 km ou plus du centre urbain le plus proche. Parce que la même maison mieux située couterait en apparence beaucoup trop cher…

Nous n’avons, ma compagne et moi, jamais fait cette erreur. Nous avons toujours été à une distance cyclable de nos emplois respectifs. Cela nous économise une voiture (dans les faits la première roule excessivement peu et rarement pour aller au travail. On pourrait s’en passer, même avec 3 enfants, mais j’y reviendrais).

Des choix qui payent sur le long terme

Alors oui, nous aurions pu avoir, pour le même prix, une maison 2 fois plus grande. Et aussi un terrain 4 ou 5 fois (ou plus) plus grand. Si nous l’avions choisie à 30 km de là où nous sommes… Mais nous aurions eu des frais de plusieurs milliers d’euros supplémentaires chaque année. J’estime au bas mot au moins 5 à 6000€. De plus, une bonne partie de ces frais irait croissant au fil des années… et plus rapidement que l’inflation. 10 ans après, nous aurions peut-être fait partie de ces Gilets Jaunes. On se serait plaint de ne plus pouvoir payer nos factures, l’essence de nos bagnoles. Et nous serions endettés pour encore longtemps. De sorte que nous serions totalement dépendants de nos emplois et du salaire attenant. Incapable de faire le moindre mouvement pour nous en sortir…

Au lieu de cela, nous sommes aujourd’hui avec une maison totalement remboursée, des frais fixes très faibles, un patrimoine épargné conséquent qui génère ses revenus propres. Insensibles à beaucoup d’évènements extérieurs prévisibles et non prévisibles (je plains les parents d’enfants en bas-âge à qui on a dit l’année dernière pendant des mois qu’ils pouvaient garder leurs enfants chez eux ET télétravailler en même temps). Et suffisamment agiles pour s’adapter aux situations diverses (naissance de jumeaux… pandémie planétaire, économie chancelante, etc)

 

 

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