Le Moustachien – qui suis-je ?

Ah, je vois qu’ici aussi, le Réaliste est venu faire des siennes… J’espère que ça n’arrivera pas trop souvent. Le gars est un tendre. Pas le genre qui déchire comme toi et moi. On arrivera nulle part avec des sommes aussi dérisoires que 25€ par mois ou même 10€ par jour !

Le Moustachien: qui suis-je ?Ça m’a même bien fait rigoler son exemple… est-ce qu’un type qui aurait tellement peu de marge dans son budget qu’il est incapable de mettre quoi que ce soit de côté, irait au fast food une fois par semaine ? Continuerait ‘il à le faire, une fois le constat de son découvert qui se creuse inexorablement au bout de quelques mois ? Quel genre d’idiot faut-il être pour continuer sur cette voie sans réagir ? Pourquoi ce gars s’auto-appelle t’il le “Réaliste” avec un exemple aussi irréaliste et stupide ?

Ce que j’ai envie que tu commences à imaginer, c’est une vraie épargne. Pas mettre 20€ ou même 200€ par mois de côté. Non… Plutôt quelque chose comme plusieurs milliers d’euros par mois. Tout le monde ne peut pas le faire. Mais un couple de la classe moyenne européenne, gagnant modestement sa vie ? Disons de l’ordre de 1,5 SMIC chacun soit environ 1800€ net par mois ? Le foyer type dont on considère , dès lors qu’ils ont un ou deux enfants, que “ouh… les fins de mois doivent être difficiles…”. “Ils doivent pas trop réussir à mettre de côté ces gens-là…”.

Eh bien si… crois-moi… ce couple-là devrait assez facilement pouvoir mettre (au moins) 1500€ à 2000€ par mois de côté (au début…) ! Si si…

Mon enfance

Enfant, je n’ai jamais vécu dans le besoin. Mes parents gagnaient raisonnablement bien leur vie. Même très bien je pense au regard de mes revenus actuels. Je n’ai jamais manqué de rien. Mes parents étaient également raisonnablement frugaux. On achetais rarement tout plein de trucs inutiles. Une des raisons était probablement que, à mes 12 ans, mon père a eu une opportunité professionnelle pour aller travailler à Londres. Et aussi extraordinaire qu’était l’expérience pour moi, il était assez clair que c’était temporaire. Et que ce temporaire signifiait aussi qu’il n’était pas souhaitable d’accumuler plein de choses matérielles, qui seraient alors difficile à emporter avec nous quand nous rentrerions…

Je n’ai pas non plus eu souvent de ce qu’il est couramment appelé “argent de poche”. Pas régulièrement en tout cas. Jamais de sommes importantes. Et la quasi totalité allait sur mon livret A de l’époque. A notre retour en France (vers mes 16 ans), j’ai souvenir d’aller religieusement déposer mes quelques économies, glanée ça et là pour un petit service à la maison. Il faut reconnaitre que, comme tout ado qui se respecte, j’aidais pas des masses. J’allais à la Caisse d’Epargne avec mon livret (encore en papier à l’époque). Aussi pour y faire inscrire les intérêts chaque début janvier !

Les études

Pendant mes 2 années de prépa à Paris, véritable séminaire, je n’avais guère le temps de dépenser quoi que ce soit. Ensuite j’ai poursuivis mes études à Toulouse, en école d’ingénieur. Et là j’ai découvert que je pouvais gagner quelques sous en donnant quelques cours de soutiens scolaires 3 ou 4 heures par semaine. Les 2 premières années, mes parents me payaient le loyer de ma piaule et les tickets de Resto U. Environ 300€ par mois tout compris en comptant les APL, pour 9m² réglementaires et 2 repas par jours. C’est pendant ces années que j’ai pris le plus de poids ! Mes “petits cours” comme on les appelaient, ainsi que mes vacances à animer des colos pour enfants (chose que j’ai adoré) me rapportaient en moyenne 200 à 300 d’euros par mois… Et contrairement à la plupart de mes autres camarades, l’essentiel allait dans 2 choses:

  • Me payer des heures de vol (dans une école d’aéronautique, j’avais la chance de préparer une licence de pilote amateur en parallèle de mon diplôme d’ingénieur) à tarif subventionné.
  • Mettre le reste de côté, toujours sur un livret A qui se garnissait mois après mois.

Peu de loisirs donc. Mais ce que je faisais de mes soirées de geek et mes vacances d’anim (avec des amitiés encore vivantes à ce jour) me convenait parfaitement. Je vivais chichement. Mais je n’ai jamais eu faim bien au contraire…

La parenthèse allemande

La 3ème année, je suis parti en Allemagne, à Munich (la ville probablement la plus chère du pays) pour un stage long. Avec l’équivalent d’un Bac+4 en poche, j’étais payé au lance pierre (je me rappelle que c’était sur la base d’un temps partiel <50% du premier échelon de technicien. Environ 750€ de mémoire). Je suis trouvé une chambre dans une coloc à 2 pas du bureau pour 250€. Les autres étudiants en stage préféraient aller dans les quartiers branchés de la capitale bavaroise. Leur objectif : profiter de la vie nocturne en payant 2 fois plus de loyer + un abonnement de S-Bahn (le RER local).

Ammersee - près de là où je vivaisMoi je vivais au plus juste: 250€ de loyer + 80€ de bouffe + 20€ d’extra (dont lessive au lavomatic à 5 stations de S-Bahn de chez moi et le ticket pour m’y rendre). Mes loisirs: soirées de geek (on se refait pas… mais j’ai appris l’Allemand très vite avec la TV locale sur mon PC avec une antique carte Télé…), d’immenses balades à vélo (souvent 100km avec un VTT pourri les samedis, dans une région magnifique), et bien sur quelques heures de vol, payées au prix normal cette fois (100€ de l’heure) car j’avais la chance d’avoir moins de 100m entre la porte de mon bureau et la porte de l’avion de l’aéroclub, en comptant les 2 étages d’escaliers…

Quelques unes étaient seul ou avec le chef-pilote de l’aéroclub, d’autres étaient avec des collègues qui ont vite trouvé très sympa que leur petit stagiaire puisse leur faire faire un tour des châteaux de Bavière “vus d’en haut” en partageant simplement les frais équitablement.Neuschwanstein

En partant pour cette aventure, sachant que j’aurais peu de moyens sur place, j’avais demandé (et obtenu) une bourse du ministère des affaires étrangères au titre du soutien au commerce extérieur. 2300€ de mémoire… Ils sont restés sagement en France sur mon livret A, je n’y avais pas touché… Je ne touchais rien d’autres en Allemagne que mon (maigre) salaire de stagiaire. J’animais aussi quelques colos ici où là (peut-être 500€ dans l’année).

A mon retour, j’ai clôturé de mon compte allemand. J’ai rapporté plus de 3000€ de mémoire, après 12 mois sur place… On voit donc que tous revenus confondus, avec moins de 1000€ par mois, j’ai pu mettre la moitié de mes revenus en épargne. Sans jamais me priver (tout du moins sans le ressentir comme tel).

Alors oui, j’étais seul à l’époque. Avec des besoins très faibles (mais tout de même une passion assez couteuse pour les avions…)… ce n’est pas transposable en l’état à tout le monde… mais ça donne le ton…

Dernière année d’étude et premiers vrais salaires

Ma dernière année d’étude (6 mois en fait puisque mon stage de fin d’étude a été validé avant…) le deal avec mes parents était que j’étais désormais autonome. Je payais toutes mes charges seul (300€ par mois donc), comme je l’avais fait dans l’année précédente. Par une combinaison de petits cours et de quelques études grassement payées (tout est relatif) réalisées pour le compte de la Junior Entreprise de mon école, j’étais largement à flot à cette époque.

J’ai aussi rencontré celle qui allait devenir ma compagne et la mère de mes enfants. Comme moi, elle n’était pas plus attirée que ça par le bling bling…

En attendant qu’elle finisse ses propres études à Toulouse, je me suis trouvé un job en lien direct avec mon sujet de stage. Donc un employeur très très intéressé par mon expérience pourtant modeste. C’est une sous-traitance pour une grosse entreprise du domaine aéronautique. Premier salaire d’environ 1800€ net, avec des charges de l’ordre de 800€ tout compris. Cela inclue le loyer d’un T2 plutôt agréable quoi que ancien dans un quartier correct de Toulouse. Je vous laisse imaginer où sont aller les quelques 12000€ par an d’économies que j’épargnais…

Ce grand compte n’a pas tardé à souhaiter m’embaucher directement. Je suis donc entré au bout de 7 mois dans l’une des boites les plus en vue de mon domaine en France et en Europe. J’y suis encore au jour d’aujourd’hui, soit 16 ans après, et plusieurs postes, lieux d’exercices et domaines différents.

La quête d’une autre vie

En 2006, je découvre la situation catastrophique de notre planète, de son climat, et la raréfaction rapide des ressources fossiles. Nous y reviendrons car ce sujet réclame à lui seul toute une série d’article. Mais l’important est de comprendre que cela a joué un rôle majeur dans la suite de ma vie et de ma carrière professionnelle. En quelques semaines – nous verrons pourquoi et grâce à qui – je comprends que mon mode de vie pourtant frugal n’est pas durable, et que mon emploi et l’employeur dont je dépends sont très vulnérables face à cette situation. J’arrête à cette époque les heures de vol et j’entame un long processus (15 ans) pour sortir de cette dépendance.

J’en suis aujourd’hui à l’épilogue… Le reste de ma vie va pouvoir commencer. Je le suis déjà de moins en moins depuis des années. Mais je ne suis plus désormais dépendant de mon salaire pour vivre. Et donc ne suis plus dépendant de mon employeur.

Une précision avant le flot de critiques prévisibles : il va sans dire que ma compagne est dans la même situation. Il serait complètement hypocrite de ma part de vivre à ses crochets. Elle va cependant continuer de travailler pour son employeur actuel. En effet sa situation est radicalement différente de la mienne (du point de vue des valeurs et de son intérêt pour son poste). Mais elle sait qu’elle peut à tout moment le quitter sans risque et c’est une force énorme. De même, il n’est pas question pour nous de dépendre d’allocations ou d’indemnités quelconques pour vivre sur le dos de la société. Nous avons 3 enfants donc nous recevons effectivement des allocations familiales. En fait nous ne les avons pour l’essentiel jamais demandées. Elles tombent automatiquement. En réalité nous n’en avons jamais eu besoin réellement et il en sera de même demain.

Conclusion

On voit dès lors qu’il n’est pas nécessaire pour mettre de côté une part conséquente de ses revenus, que ceux-ci soient élevées. Ce sont les charges et les dépenses qu’elles soient choisies, ou contraintes en apparence, qui sont les plus importantes dans l’histoire.

A toutes les étapes de ma vie d’adulte, même lorsque mes revenus étaient faibles, j’ai mis énormément de côté. Cela ne signifie pas que la situation de tout le monde est idyllique. En effet, je n’ai jamais eu de prêt conso sur le dos (pas même pour une voiture). Les seuls emprunts que j’ai fait de ma vie étaient (et sont) des prêt immobilier. Et ils m’ont toujours rapporté bien plus qu’ils ne m’ont couté. De même, je dois pouvoir me considérer, vu les études que j’ai faites, comme plutôt favorisé du point de vue intellectuel. J’ai eu aussi de la chance d’avoir des parents qui m’ont soutenu à chaque fois que nécessaire. Même si comme on a pu le constater, c’était bien plus moralement que financièrement. Et pour finir, je n’ai jamais subit de gros accident de la vie.

D’un autre côté, ce n’est que très tardivement (2017) que j’ai réellement compris que je pouvais acheter ma liberté avec cet argent mis de côté. Avant je remplissais patiemment (et assez inutilement) livrets A, LDD et autres PEL… Tout sauf optimal donc, vu les faibles intérêts servis.

Aussi le message a retenir est que c’est possible. Il suffit presque d’y croire et de le vouloir. Bien sur que quand on démarre avec plusieurs emprunts sur le dos, c’est plus difficile. Une situation professionnelle instable et peu rémunératrice, ça n’aide pas non plus. Et avec des dépenses contraintes importantes et structurellement croissantes, le syndrome “Gilet jaune”, ça devient très tendu . Mais accuser le reste de la planète de sa situation personnelle n’a jamais permis de s’en sortir.

Ami lecteur, où que tu en sois, je te propose de me suivre pour découvrir comment !

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